18 mai 2026 - 231 vues
Le dimanche 17 mai 2026, le Foyer des Étudiants Catholiques de Strasbourg a accueilli un événement politique et citoyen particulièrement attendu par la diaspora africaine et ivoirienne : le premier café-débat politique organisé autour de Charles Blé Goudé, à l’initiative de sa fondation.
Placée sous le thème : « L’Afrique face à son histoire : exiger réparation, construire l’avenir », cette rencontre s’est déroulée dans une ambiance conviviale, fraternelle et chaleureuse, marquée par un accueil amical réservé à l’ancien ministre ivoirien par de nombreux membres de la diaspora africaine venus de Strasbourg et d’autres villes européennes.
Durant plusieurs heures d’échanges, Charles Blé Goudé a livré une intervention dense, mêlant réflexions politiques, souvenirs personnels, analyses géopolitiques et messages adressés à la jeunesse africaine.
Un « panafricanisme positif »
Face au public, Charles Blé Goudé s’est défini comme un « panafricaniste positif », défendant une Afrique consciente de son histoire mais tournée vers l’avenir. Selon lui, le panafricanisme moderne ne doit pas être un discours de confrontation permanente, mais une dynamique de responsabilité, de coopération et de construction collective.
Il a insisté sur la nécessité pour les partenaires internationaux de prendre en compte les nouveaux paradigmes africains ainsi que l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants africains plus exigeants, plus affirmés et plus soucieux des intérêts du continent.
Dans son analyse, il a appelé les Africains à croire davantage en leurs capacités et à devenir eux-mêmes les moteurs du changement.
Prenant l’exemple de la Chine, il a rappelé que ce pays était encore considéré, il y a quelques décennies, comme un espace confronté à de nombreuses difficultés comparables à celles de plusieurs États africains aujourd’hui, avant de devenir une puissance incontournable de l’ordre mondial.
Le récit d’un parcours marqué par la prison et la CPI
L’un des moments les plus forts de la rencontre fut le récit de son arrestation au Ghana, de son transfert en Côte d’Ivoire et de son emprisonnement particulièrement difficile.
Charles Blé Goudé a évoqué avec émotion ses quatorze mois d’isolement avant son transfert vers la Cour pénale internationale (CPI). Il a raconté plusieurs anecdotes sur son passage à La Haye, expliquant que certains scénarios évoquaient des peines minimales de douze années de prison.
À travers des vidéos et des explications détaillées, il a brillamment exposé sa stratégie de défense devant la CPI et la manière dont cette expérience l’a profondément transformé humainement et politiquement.
Selon lui, la prison lui a appris la patience, le silence, l’introspection et la maîtrise de soi. Il a affirmé que cette période de solitude avait contribué à faire de lui « un homme nouveau ».
Son modèle, a-t-il rappelé, reste Nelson Mandela, symbole de résilience, de pardon et de dépassement de soi.
Une fidélité assumée envers Laurent Gbagbo
Très attendu sur sa relation avec Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé a exprimé sa fidélité intacte envers celui qu’il considère toujours comme son « père politique ».
Avec beaucoup d’émotion, il a évoqué la souffrance liée à l’éloignement actuel entre eux malgré les démarches entreprises pour renouer le dialogue. Il a également affirmé publiquement que certaines personnes de l’entourage de l’ancien président, notamment son épouse, seraient opposées à leur rapprochement malgré le pardon qu’il avait exprimé à la télévision ivoirienne.
Critique des réseaux sociaux et de la politique spectacle
L’ancien leader des Jeunes Patriotes a également dénoncé ce qu’il appelle « les nouveaux analystes politiques des réseaux sociaux », qu’il accuse de manquer de convictions profondes et de transformer le débat politique africain en spectacle permanent.
Pour lui, la politique doit rester un espace de réflexion, de responsabilité et de vision à long terme, loin des polémiques et des intérêts opportunistes.
Une vision sans haine et sans armes
Interrogé sur son avenir politique, Charles Blé Goudé a affirmé vouloir participer positivement à la vie politique ivoirienne avec une démarche fondée sur la paix, le dialogue et la réconciliation.
Il a insisté sur son refus catégorique de toute conquête du pouvoir par les armes, rappelant les traumatismes laissés par les différentes guerres qu’a connues la Côte d’Ivoire.
« Je ne veux pas arriver au pouvoir grâce aux armes », a-t-il déclaré, affirmant vouloir construire une vision politique basée sur la conviction, la fidélité et le respect des institutions.
Il a également dénoncé sa condamnation en Côte d’Ivoire malgré son acquittement par la CPI, estimant que cette situation soulève des interrogations importantes sur le respect des principes fondamentaux du droit.
Un message fort à la jeunesse africaine
Face à une jeunesse nombreuse dans la salle, Charles Blé Goudé a lancé un appel à la responsabilité et à l’engagement.
Il a encouragé les jeunes Africains à apprendre auprès de l’Occident, à se former, à voyager et à acquérir des compétences, tout en gardant comme objectif principal le retour au pays afin de participer au développement du continent africain.
Tout au long de la rencontre, ses interventions ont été ponctuées de nombreux proverbes africains, devenus l’une de ses signatures politiques et médiatiques. Ces formules populaires ont largement contribué à sa notoriété et ont inspiré son ouvrage Mon grand-père m’a dit, dans lequel il partage des enseignements tirés de la sagesse africaine traditionnelle.
Ce premier café politique de Strasbourg aura permis à de nombreux participants de découvrir un Charles Blé Goudé plus apaisé, introspectif et déterminé à promouvoir une Afrique réconciliée avec elle-même et tournée vers l’avenir.
« Celui qui connaît son histoire peut transformer ses blessures en force pour bâtir demain. »

Pour la Radio Ylla - Alpha BAH
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