Guinée : dénoncer l’analyse ethnique du gouvernement Bah Oury, un danger pour la cohésion nationale

C’est avec étonnement et inquiétude que j’ai découvert, ce matin, une publication largement relayée sur les réseaux sociaux : une affiche prétendant analyser la composition du nouveau gouvernement de Bah Oury à travers le prisme des groupes ethniques, répartis selon les quatre régions naturelles de la Guinée.
À quel but précis répond une telle démarche ? La question reste entière. Mais une chose est certaine : ce type d’analyse est grave et extrêmement dangereux.

Une lecture ethnique inadaptée à la réalité guinéenne

La Guinée est un pays où la diversité, le métissage et le brassage culturel sont profondément ancrés dans la société. Les populations y sont largement mélangées : il est aujourd’hui difficile, voire impossible, de trouver une famille où au moins trois ethnies ne cohabitent pas.
Réduire la gouvernance d’un État à une lecture ethnique figée revient à nier cette réalité sociale, humaine et historique.

Une telle approche enferme les citoyens dans des catégories artificielles et alimente des fractures identitaires qui ne reflètent ni la vie quotidienne des Guinéens, ni leurs aspirations communes.

L’ethno-stratégie : un poison pour une jeune démocratie

L’histoire africaine, et celle de la Guinée en particulier, nous enseigne une chose essentielle : l’ethno-stratégie est un combustible hautement inflammable. Introduire ou encourager ce type de discours dans l’espace public, surtout dans une jeune démocratie, revient à mettre de la poudre sur le feu.

Ces analyses ne renforcent ni la démocratie ni la transparence. Elles sèment le doute, nourrissent la suspicion et peuvent être instrumentalisées à des fins politiques, au détriment de la stabilité nationale.

La composition ethnique de la Guinée : une richesse, pas une faiblesse

La Guinée est historiquement composée de plusieurs grands groupes ethniques — Peuls, Malinkés, Soussous, Kissis, Tomas, Guerzés, entre autres — répartis sur les quatre régions naturelles. Cette diversité n’a jamais été un problème en soi.
Au contraire, c’est la cohabitation de ces ethnies, leur complémentarité et leur interdépendance qui ont permis au pays de tenir face aux crises.

La stabilité de la Guinée repose précisément sur cette capacité à vivre ensemble, à dépasser les appartenances primaires pour construire un destin commun.

Des blessures encore ouvertes depuis l’indépendance

Depuis l’indépendance, la Guinée a malheureusement connu plusieurs tentatives de déstabilisation à caractère ethnique, souvent alimentées par des discours politiques irresponsables ou des calculs de pouvoir à court terme. Ces périodes ont laissé des traces profondes dans la mémoire collective et ont freiné le développement démocratique du pays.

C’est pourquoi il est impératif, aujourd’hui plus que jamais, de refuser toute lecture ethnicisée de l’action publique, qu’il s’agisse d’un gouvernement, d’une institution ou d’un processus électoral.

Juger un gouvernement sur ses actes, pas sur ses origines

Un gouvernement doit être évalué sur la base de ses compétences, de son programme, de ses décisions et de ses résultats, et non sur l’origine ethnique supposée de ses membres.
Réduire des femmes et des hommes engagés au service de l’État à leur appartenance communautaire est non seulement injuste, mais profondément contraire aux principes républicains et à l’idéal d’unité nationale.

Un appel à la responsabilité collective

À l’heure où la Guinée cherche à consolider ses institutions et sa démocratie, chacun — citoyens, acteurs politiques, médias et utilisateurs des réseaux sociaux — a une responsabilité majeure. Celle de ne pas relayer, banaliser ou légitimer des discours qui fragilisent le tissu social.

La diversité guinéenne doit rester une force, jamais une arme politique.

Pour la  Radio Ylla - Alpha BAH