GUINÉE : 2 OCTOBRE 1958 – 2 OCTOBRE 2026 68 ANS D’INDÉPENDANCE, DE MÉMOIRE ET DE TRANSMISSION

Ce vendredi 2 octobre 2026, la République de Guinée célèbre le 68ᵉ anniversaire de son indépendance. Une journée de fête nationale, mais aussi de mémoire, qui invite à revenir sur le chemin parcouru, sur le combat pour la souveraineté et sur les femmes et les hommes qui ont porté le mouvement indépendantiste guinéen.

Radio Ylla – La Voix Afro de Strasbourg revient sur cette page majeure de l’histoire africaine.

28 SEPTEMBRE 1958 : LE « NON » QUI CHANGE L’HISTOIRE

Pour comprendre le 2 octobre, il faut revenir quatre jours plus tôt.

Le 28 septembre 1958, les Guinéens sont appelés à se prononcer par référendum sur le projet de Constitution de la Ve République française et sur l'intégration des territoires africains dans une nouvelle Communauté française.

Sous l'impulsion des responsables nationalistes guinéens, le peuple est appelé à choisir entre le maintien dans cette nouvelle organisation et l'accession immédiate à l'indépendance.

La Guinée choisit le « NON ».

Elle devient alors le seul territoire de l'Afrique occidentale française à rejeter le projet de Communauté et à choisir immédiatement l'indépendance. Des documents diplomatiques américains de l'époque confirment que ce vote entraîne la séparation de la Guinée de la Communauté française.

Mais l'indépendance n'est pas simplement l'œuvre d'un homme.

Elle est le résultat d'un long mouvement politique, syndical et populaire, porté par plusieurs générations de Guinéens.

2 OCTOBRE 1958 : LA PROCLAMATION DE L’INDÉPENDANCE

Quatre jours après le référendum, le 2 octobre 1958, l'Assemblée territoriale guinéenne se réunit à Conakry.

La séance est présidée par Saïfoulaye Diallo, alors président de l'Assemblée territoriale.

La déclaration d'indépendance est adoptée et l'Assemblée territoriale devient Assemblée nationale constituante souveraine.

La République de Guinée est officiellement proclamée indépendante.

Le texte fondateur affirme également l'adhésion de la nouvelle République aux principes de la Charte des Nations unies.

Ainsi naît, le 2 octobre 1958, la première République indépendante de l'Afrique francophone issue de l'ancien empire colonial français d'Afrique occidentale.

AHMED SÉKOU TOURÉ : UNE FIGURE CENTRALE DE L’INDÉPENDANCE

Parmi les figures majeures de cette période se trouve Ahmed Sékou Touré.

Syndicaliste et responsable politique, il devient l'une des principales figures du mouvement nationaliste guinéen et joue un rôle déterminant dans la campagne pour le « non » au référendum de 1958.

Après la proclamation de l'indépendance, il devient le premier président de la République de Guinée.

Dans les échanges diplomatiques de 1959, les archives américaines présentent Sékou Touré comme le chef de l'État guinéen et rendent compte de son discours sur la souveraineté de la Guinée et sur l'émancipation des peuples africains.

Mais l'histoire de l'indépendance ne peut pas se résumer à son seul nom.

Derrière le président se trouvait toute une génération de militants, de syndicalistes, de responsables politiques, de travailleurs et de citoyens engagés.

SAÏFOULAYE DIALLO : CELUI QUI PROCLAMA L’INDÉPENDANCE

Parmi les grandes figures de cette période figure Saïfoulaye Diallo.

Président de l'Assemblée territoriale au moment de l'accession à l'indépendance, c'est lui qui lit officiellement la déclaration devant l'Assemblée le 2 octobre 1958.

Le document de proclamation porte sa signature en qualité de président de l'Assemblée nationale constituante.

Son rôle rappelle que l'indépendance fut également une œuvre institutionnelle, avec la transformation des structures politiques héritées de la période coloniale en institutions de la nouvelle République.

LES COMPAGNONS DE L’INDÉPENDANCE

Lorsque l'on évoque l'indépendance guinéenne, il est essentiel de parler des Compagnons de l'Indépendance.

Ils furent nombreux.

Les archives historiques et les travaux consacrés à cette période citent notamment Saïfoulaye Diallo, Louis Lansana Béavogui, Camara Damantang, Nfamara Keïta, Fodéba Keïta, Barry Diawadou et Ibrahima Barry III, parmi les responsables et militants ayant participé à cette période fondatrice.

Le gouvernement guinéen a lui-même rappelé, lors des commémorations précédentes, le rôle de plusieurs figures : Ahmed Sékou Touré, Saïfoulaye Diallo, Ibrahima Barry III et El Hadj Diawadou Barry, tout en soulignant que l'indépendance était aussi l'œuvre d'un peuple entier.

La liste des compagnons ne s'arrête pas à ces noms.

Le 1er octobre 1958, à la veille de la proclamation, des dizaines de distinctions de Compagnon de l'Indépendance furent attribuées. Certaines furent décernées à titre posthume, notamment à Mbalia Camara et Chérif Fanta Madi. Parmi les autres personnes distinguées figuraient également des militants, syndicalistes, responsables politiques, travailleurs, femmes, commerçants, ouvriers, planteurs et représentants de différentes composantes de la société guinéenne.

LES FEMMES AUSSI DANS L’HISTOIRE DE L’INDÉPENDANCE

La mémoire de l'indépendance ne doit pas effacer la contribution des femmes.

Parmi les personnalités associées à cette histoire figure Jeanne-Martine Cissé, dont le nom est régulièrement cité parmi les pionniers de l'indépendance guinéenne.

La reconnaissance accordée aux Compagnons de l'Indépendance concernait également de nombreuses militantes.

Cette dimension est essentielle : la conquête de la souveraineté ne fut pas uniquement une affaire d'hommes politiques. Elle s'inscrivit dans une mobilisation plus large de la société guinéenne.

UNE INDÉPENDANCE QUI DÉPASSE LES FRONTIÈRES DE LA GUINÉE

Le choix guinéen de 1958 intervient dans un contexte où les revendications anticoloniales progressent rapidement à travers le continent africain.

La position de la Guinée attire alors l'attention internationale.

Les archives diplomatiques américaines montrent que Washington et Paris suivent de près la situation guinéenne, notamment parce que l'indépendance de la Guinée pourrait influencer les autres territoires encore membres de la Communauté française.

La Guinée devient ainsi l'un des symboles de la vague des indépendances africaines qui marque la fin des années 1950 et le début des années 1960.

UNE INDÉPENDANCE CONSTRUITE PAR TOUT UN PEUPLE

Il serait toutefois réducteur de raconter cette histoire uniquement à travers les dirigeants.

Avant les hommes politiques, il y avait un peuple.

Des travailleurs.

Des syndicalistes.

Des commerçants.

Des enseignants.

Des femmes.

Des jeunes.

Des militants.

Des paysans.

Et toutes celles et ceux dont les noms ne figurent pas nécessairement dans les livres d'histoire.

C'est aussi ce que rappellent les commémorations officielles guinéennes : le 28 septembre 1958 fut présenté comme l'aboutissement d'une opposition au pouvoir colonial construite pendant des décennies par l'ensemble du peuple guinéen.

2026 : 68 ANS PLUS TARD, QUE RESTE-T-IL DE L’HÉRITAGE ?

Soixante-huit ans après la proclamation de l'indépendance, la célébration du 2 octobre 2026 est aussi un moment de réflexion sur la transmission de cette histoire.

La Semaine de l'indépendance 2026 a notamment été placée sous le thème :

« S'inspirer du passé pour construire ensemble l'avenir : notre jeunesse ».

Cette orientation met la question de la jeunesse au centre de la réflexion nationale.

Car transmettre l'histoire de 1958 ne consiste pas uniquement à retenir une date.

C'est aussi comprendre les choix politiques de l'époque, connaître les femmes et les hommes qui ont porté le mouvement indépendantiste, se souvenir des sacrifices consentis et comprendre les aspirations qui animaient cette génération.

LE 2 OCTOBRE : UNE DATE, UNE MÉMOIRE, UN HÉRITAGE

Aujourd'hui, chaque 2 octobre rappelle donc trois moments essentiels :

28 septembre 1958 : le peuple guinéen vote « NON » au projet de Communauté française.

2 octobre 1958 : l'indépendance de la République de Guinée est officiellement proclamée.

2 octobre 2026 : la Guinée célèbre le 68ᵉ anniversaire de cette accession à la souveraineté.

Mais derrière ces dates se trouvent des noms.

Ahmed Sékou Touré.
Saïfoulaye Diallo.
Ibrahima Barry III.
El Hadj Diawadou Barry.
Fodéba Keïta.
Lansana Béavogui.
Jeanne-Martine Cissé.
Mbalia Camara.
Et tant d'autres Compagnons de l'Indépendance.

Et derrière ces noms se trouve surtout un peuple qui a fait un choix historique.

RADIO YLLA : SE SOUVENIR POUR TRANSMETTRE

À l'occasion de ce 2 octobre 2026, Radio Ylla – La Voix Afro de Strasbourg rend hommage à toutes celles et tous ceux qui ont contribué à l'histoire de l'indépendance de la Guinée.

La mémoire n'est pas seulement tournée vers le passé.

Elle permet aux nouvelles générations de comprendre d'où elles viennent, de connaître celles et ceux qui les ont précédées et de réfléchir à ce qu'elles souhaitent transmettre à leur tour.

Comprendre son histoire, c'est déjà commencer à construire son avenir.

Bonne fête de l'indépendance au peuple de Guinée, à la diaspora guinéenne et à toutes celles et ceux qui font vivre cette mémoire.

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