Décès de Jesse Jackson : une voix majeure des droits civiques s’éteint

Le pasteur américain Jesse Jackson, figure historique de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, est décédé mardi, entouré des siens. Ses proches ont annoncé sur les réseaux sociaux qu’il avait rendu son dernier souffle « paisiblement, entouré par sa famille », saluant son « engagement indéfectible en faveur de la justice, de l’égalité et des droits humains ».

Avec sa disparition, l’Amérique perd l’une des dernières grandes voix issues du mouvement des droits civiques des années 1960.

Un héritier du combat de Martin Luther King Jr.

Né en 1941 en Caroline du Sud, dans un Sud encore ségrégué, Jesse Jackson grandit dans une Amérique profondément marquée par les discriminations raciales. Élève brillant dans un lycée réservé aux Noirs, il rejoint l’université au moment où le mouvement pour les droits civiques prend de l’ampleur.

Très jeune, il participe à des sit-in contre la ségrégation et prend part en 1965 aux marches historiques entre Selma et Montgomery pour défendre le droit de vote des Afro-Américains.

En 1968, il est présent à Memphis lorsque Martin Luther King Jr. est assassiné. Cet événement marque durablement son engagement et le propulse au premier plan de la lutte pour l’égalité raciale.

Toute sa vie, Jesse Jackson combattra le racisme systémique, les discriminations à l’embauche, les inégalités scolaires et les violences policières. Pour lui, la cause noire s’inscrivait dans un combat plus large pour la dignité humaine universelle.

Deux candidatures historiques à la Maison Blanche

Dans les années 1980, Jesse Jackson tente à deux reprises de décrocher l’investiture démocrate à l’élection présidentielle (1984 et 1988).

Ses campagnes, bien que sans victoire, marquent un tournant historique : pour la première fois, un candidat noir rassemble massivement au-delà de la communauté afro-américaine. Son discours sur le « socle commun » appelle les Américains à dépasser les divisions raciales, sociales et politiques.

Des décennies plus tard, Barack Obama saluera son rôle de pionnier : « Il nous a montré la voie », déclarera-t-il, reconnaissant que les campagnes de Jackson ont posé les bases de sa propre élection en 2008, lorsqu’il devient le premier président afro-américain des États-Unis.

L’image du révérend Jesse Jackson, les larmes aux yeux à Chicago lors de l’annonce de la victoire d’Obama, restera l’un des symboles les plus forts de cette soirée historique.

Une voix respectée, au-delà des clivages

À l’annonce de son décès, les hommages ont afflué de tous bords politiques.

Joe Biden a rappelé qu’il croyait profondément que « tous les êtres humains naissent égaux ».
Kamala Harris a salué « l’un des plus grands patriotes de l’Amérique ».
Même Donald Trump, pourtant critique du mouvement des droits civiques, l’a qualifié de « force de la nature ».

Ces réactions témoignent de l’empreinte durable laissée par cet homme au franc-parler, capable de dialoguer avec tous, sans jamais renier ses convictions.

Médiateur international et défenseur de l’Afrique

Au-delà des frontières américaines, Jesse Jackson s’est illustré comme médiateur dans plusieurs crises internationales. Dans les années 1990, il devient émissaire spécial du président Bill Clinton pour l’Afrique.

Fervent opposant à l’apartheid en Afrique du Sud, il multiplie les visites sur le continent africain et plaide pour des relations plus équitables entre les États-Unis et les pays africains. Il intervient également en Syrie, en Serbie et en Irak pour négocier la libération de prisonniers américains.

Pour lui, le combat contre le racisme ne pouvait être dissocié de la mémoire de l’esclavage et de la traite transatlantique. Il rappelait régulièrement que l’histoire des États-Unis est indissociable de celle de l’Afrique, appelant à une reconnaissance lucide du passé pour construire un avenir plus juste.

Un engagement jusqu’au bout

En 2017, Jesse Jackson révèle être atteint de la maladie de Parkinson, qu’il qualifie de « défi physique ». Malgré la maladie, il continue de s’exprimer publiquement et d’apparaître aux côtés de familles victimes de violences raciales, notamment lors des mobilisations suivant la mort de George Floyd.

Pasteur, père de six enfants, militant infatigable, il aura consacré plus de six décennies à défendre l’égalité, la justice sociale et la dignité des peuples noirs aux États-Unis et dans le monde.

Un héritage pour les générations futures

De Selma à Chicago, des marches pour le droit de vote aux campagnes présidentielles, des combats contre la ségrégation aux plaidoyers contre le racisme systémique, Jesse Jackson laisse un héritage politique et moral immense.

Son parcours rappelle qu’aucune avancée en matière de droits civiques n’est le fruit du hasard, mais celui d’engagements courageux, parfois impopulaires, souvent difficiles.

Avec sa disparition, c’est une page de l’histoire américaine qui se tourne. Mais son combat pour l’égalité raciale et la justice sociale continue d’inspirer les nouvelles générations, aux États-Unis comme en Afrique et dans toute la diaspora noire.

Pour la  Radio Ylla - Alpha BAH